Introduction : 2010, le forum Mechmate
Vers 2010. Une communauté de routeurs CNC voulait ajouter des fonctions de CAM à l’édition communautaire de QCAD 2.0.5.

QCAD CE était alors lié à la bibliothèque Qt3. Il fallait d’abord le porter vers Qt4. Ce portage a emmené le projet ailleurs : il a commencé sous le nom CADuntu, puis est devenu LibreCAD [1].
L’ironie est là : LibreCAD est né pour le CAM, et aujourd’hui il n’en fait pas. Il produit l’entrée du CAM. Le trait de 0,00 mm que vous voyez à l’écran devient un vrai chemin de coupe sur un laser. Le pont, c’est le DXF.
Le motif de ce test est le trait fin. Car la valeur de LibreCAD ne tient pas à l’épaisseur apparente du trait, mais à l’endroit où ce trait va.
LibreCAD est une application de CAO 2D libre, sous GPLv2, pour Windows, macOS et Linux [1][2]. Elle utilise le format AutoCAD DXF comme format de travail et propose des calques, de la cotation, des blocs, des hachures et des outils d’impression [3][4][5].
LibreCAD en un coup d’œil
| Développeur | Communauté bénévole ; racines dans le fork de QCAD CE en 2010 [1][7] |
|---|---|
| Version actuelle | 2.2.1.6 — 17 octobre 2026 (maintenance) ; 2.2.2 alpha est une ligne séparée [6][7] |
| Licence | GPLv2 (GPL-2.0-only) [1][7] |
| Périmètre | Dessin 2D uniquement ; les vues isométriques sont une représentation 2.5D, pas de la 3D [3] |
| Plateformes | Windows, macOS, Linux ; builds communautaires pour Haiku [1][7] |
| Support DXF | Lecture/écriture : R12, R14, 2000, 2004, 2007 ; import DWG basique [5] |
| Outils de dessin | Calques, stylos, types de lignes, blocs, hachures, texte, ligne de commande, accrochages [3][4] |
| Cotation | Alignée, horizontale, verticale, linéaire, radiale, diamétrale, angulaire et leader [4] |
| Tailles des paquets | Windows x64 84,6 Mo ; macOS ARM64 98,8 Mo ; Linux x86-64 AppImage 82,8 Mo [6] |
| Absent | Modélisation solide 3D, contraintes paramétriques, assemblages, CAM intégré [3][8] |
Premier tournant : né pour le CAM, devenu outil de dessin
L’origine de LibreCAD explique sa limite actuelle.
Le projet a démarré pour ajouter des fonctions CAM à QCAD CE pour les utilisateurs de routeurs CNC Mechmate [1]. Mais le portage de Qt3 vers Qt4 s’est révélé plus gros que l’ajout du CAM. Au fil des années, sous les noms CADuntu puis LibreCAD, il est devenu une application de dessin 2D [1][7].
Aujourd’hui, LibreCAD n’a pas de module CAM. Il ne produit pas de trajectoires d’outil, ne compense pas le rayon de fraise et ne gère pas de post-processeurs. Il produit l’entrée de ces tâches : un DXF propre, calqué et à l’échelle.
Ce n’est pas un échec, mais une division du travail claire. Pour l’utilisateur, la différence est décisive. Dire « je fais de la découpe laser avec LibreCAD » revient à dire « je prépare un fichier pour la découpe laser avec LibreCAD ».
Deuxième niveau : le DXF est la langue maternelle
Le format de travail natif de LibreCAD est le DXF ; il importe et enregistre dans ce format [7]. Cela n’en fait pas un « petit AutoCAD », mais cela lui permet de parler à l’écosystème AutoCAD.
Les versions prises en charge sont limitées et explicites : R12, R14, 2000, 2004 et 2007 [5]. Pour les versions plus récentes, la réponse officielle est de convertir le fichier vers une version compatible. La FAQ du projet le dit clairement : LibreCAD ne prend pas en charge toutes les fonctions du format DXF d’Autodesk [5].
Le DWG est encore plus limité. LibreCAD importe le DWG à un niveau basique ; si l’import échoue, il est conseillé de convertir en DXF [5]. Le DWG n’est pas la langue maternelle. C’est une langue invitée.
Pour les ateliers laser et CNC, ce n’est généralement pas un problème. La plupart des logiciels de découpe lisent le DXF R12 ou 2000. Mais dans un projet d’architecture, un fichier fourni par un consultant en version DXF récente peut poser problème. Avant d’acheter, demandez à votre chaîne d’approvisionnement quelle version DXF elle utilise.
Troisième niveau : calques, stylos et trait fin
Le côté le plus mature de LibreCAD est sa discipline de dessin 2D.
Chaque entité possède un « stylo » : couleur, épaisseur et type de ligne. Les propriétés du stylo peuvent être affectées à une entité, à une sélection ou à un calque [3]. L’épaisseur par défaut est 0,00 mm, le trait fin. La limite haute est 2,11 mm, et les valeurs intermédiaires incluent les épaisseurs ISO [3].
Les calques sont le moyen principal d’organiser un dessin. Chaque entité n’appartient qu’à un seul calque ; un calque porte les propriétés de stylo en bloc, et chaque entité peut les surcharger [3]. Les calques de construction n’apparaissent pas à l’impression et contiennent des lignes auxiliaires infinies [3].
Cette structure est directement utile pour la préparation laser et CNC. Coupe, gravure et géométrie auxiliaire vont sur des calques séparés ; le logiciel de découpe associe ces calques par couleur ou par nom. Mais attention : LibreCAD n’interprète pas un calque comme un « ordre de coupe » ou un « outil ». Cette association se fait dans le CAM.
Le trait fin compte aussi ici : une ligne affichée à 0,00 mm n’a pas une largeur nulle dans le monde réel. Le laser ou la lame a sa propre largeur. La compensation de kerf n’est pas le travail de LibreCAD, mais celui du CAM. LibreCAD fournit seulement une géométrie correcte.
Quatrième niveau : cotation et impression
LibreCAD prend au sérieux le langage de la cotation technique.
Il propose des cotes alignées, horizontales, verticales, linéaires, radiales, diamétrales et angulaires, ainsi que des leaders [4]. Les composants de cote — hauteur de texte, taille de flèche, espaces des lignes d’attache — se règlent dans les préférences de dessin. Le manuel précise que, lorsque l’échelle d’impression change, « General Scale » doit être réglé sur l’inverse de cette échelle [4].
C’est un piège important pour ceux qui ont l’habitude de mettre les cotes à l’échelle du dessin. Un dessin imprimé au 1:4 exige General Scale 4 ; sinon le texte de cote sort à la mauvaise taille sur le papier [4].
Le manuel liste aussi des règles de cotation : chaque cote doit avoir une seule interprétation, les lignes de cote et d’attache ne doivent pas se croiser, chaque entité est cotée une fois, et les cotes longues se placent à l’extérieur des courtes [4]. Ce n’est pas propre à LibreCAD ; ce sont les conventions du dessin technique. Mais le fait que le programme les écrive dans son manuel montre sa cible : le dessin d’ingénierie et d’architecture.
Cinquième niveau : préparation laser et CNC
La place de LibreCAD dans l’écosystème laser et CNC est celle d’un poste de préparation.
Le flux est généralement celui-ci : dessiner la géométrie 2D, séparer les calques, ajouter cotes et notes, exporter en DXF. Le logiciel de découpe importe le DXF, associe les calques, applique la compensation de kerf et produit la trajectoire. LibreCAD est le premier maillon de cette chaîne [1][5].
La page des sponsors du projet montre le lien : PCBWay accepte les fichiers DXF pour des devis de tôle, de découpe laser et de pliage [1]. L’écosystème est construit autour de « produire un DXF, le confier au CAM ».
Points pratiques :
1. Contours fermés. La découpe laser exige un chemin fermé. Une ligne ouverte devient une gravure ou un mauvais chemin. Utilisez trim et extend pour fermer le contour [3].
2. Échelle et unités. Le DXF porte des unités, mais le logiciel de découpe peut les interpréter autrement. Modélisez à taille réelle (1:1) et ne confondez pas échelle du modèle et échelle d’impression [4].
3. Association des calques. Coupe, gravure et géométrie auxiliaire doivent être sur des calques séparés. Sinon la machine coupera aussi les lignes de cote.
4. Version DXF. Votre logiciel de découpe lit-il R12 ou 2000 ? LibreCAD écrit de R12 à 2007 ; choisissez la bonne version [5].
5. Kerf. La compensation de largeur de coupe n’est pas dans LibreCAD. Elle s’applique dans le CAM. La géométrie qui sort de LibreCAD est une géométrie nominale.
Troisième tournant : la limite du 2D
« LibreCAD ne fait pas de 3D » est techniquement vrai mais incomplet. Ce qu’il ne fait pas, c’est de la modélisation solide 3D. Ce qu’il fait, c’est représenter un objet 3D en 2D.
Le manuel décrit les vues isométriques comme « parfois appelées 2.5D » [3]. Il y a donc un plan de dessin à trois axes, mais pas de volume, de masse, d’assemblage ni de relation paramétrique.
Cette limite définit le produit. LibreCAD n’est pas le « petit frère » d’un modeleur 3D ; c’est l’outil d’une discipline distincte : le dessin technique. Si vous n’avez pas besoin d’un modèle 3D pour produire un plan de fabrication, LibreCAD suffit. Si vous avez besoin de l’assemblage, des contrôles d’interférence ou du volume, il faut un autre outil.
Les contraintes paramétriques sont absentes aussi. Changez une cote et la géométrie ne se met pas à jour automatiquement ; vous modifiez la ligne et la cote séparément. Sur des dessins simples, c’est une perte de vitesse ; mais en dessin 2D, la modélisation paramétrique est souvent une complexité inutile.
Quatrième tournant : versions, communauté et avenir
La ligne stable actuelle est 2.2.1.x. La version 2.2.1.6 est sortie le 17 octobre 2026 [6]. Les notes la présentent comme une version de maintenance : hyperboles bornées, MText de droite à gauche, polices CJK, dispositions pour petits écrans et de nombreuses corrections [6].
La ligne 2.2.2 alpha avance séparément et n’est pas recommandée pour un usage régulier [7]. LibreCAD 3 est une branche expérimentale entièrement réécrite ; elle vise le scripting Lua et une nouvelle interface, mais le développement s’est arrêté après 2023 et le projet s’est recentré sur LibreCAD 2 [7].
Du côté communautaire, le tableau honnête est mitigé. Une enquête indépendante sur la CAO en 2023 rapportait que LibreCAD avait du mal à attirer des contributeurs réguliers, avait perdu deux contributeurs prolifiques, et que la branche v3 était loin d’être publiable [9]. Cela ne signifie pas que le logiciel meurt ; cela signifie que la feuille de route est incertaine.
Les versions de maintenance arrivent quand même. Pour un programme de dessin 2D, c’est ce dont la plupart des utilisateurs ont besoin : pas de nouveauté radicale, mais de la stabilité.
Courbe d’apprentissage : un après-midi ou une semaine ?
Deux affirmations correctes décrivent la courbe d’apprentissage de LibreCAD.
La première : le dessin de base est rapide. Un test indépendant de 2012 trouvait l’interface « facile à utiliser » et disait qu’il n’y avait « pas beaucoup de courbe d’apprentissage » [8]. Pour quelqu’un qui connaît AutoCAD, les menus et la logique des poignées sont familiers [7].
La seconde : un dessin technique conforme aux normes prend plus de temps. La discipline des calques, l’échelle de cotation, les épaisseurs de ligne, les réglages d’impression et les versions DXF ne s’apprennent pas en un après-midi [3][4]. Le programme est facile ; le dessin technique est difficile.
Une analogie simple : apprendre LibreCAD, c’est apprendre à tenir une règle et une équerre. Apprendre les conventions du dessin technique est une formation distincte.
Pour qui c’est adapté, pour qui non
Bon choix : ateliers préparant des DXF 2D pour laser, plasma et jet d’eau ; bureaux réalisant des plans d’architecture, des schémas électriques et des plans de terrain ; écoles enseignant le dessin technique et le graphisme d’ingénierie ; petites équipes sans budget de licence AutoCAD ; ateliers dessinant des pièces simples pour la production [1][8].
Mauvais choix : équipes faisant de la modélisation solide 3D, des assemblages et des contrôles d’interférence ; utilisateurs attendant un historique de fonctions paramétriques ; personnes voulant des stratégies CAM intégrées et des post-processeurs ; équipes ayant besoin de collaboration cloud et de gestion de versions ; tous ceux qui doivent travailler directement avec des versions DXF récentes (2010 et après) [3][5].
Un groupe intermédiaire : les utilisateurs qui quittent AutoCAD sans être prêts pour la 3D. Pour eux, LibreCAD est la continuation gratuite d’une habitude 2D familière.
Bref comparatif avec les alternatives
| Outil | Approche | Différence avec LibreCAD |
|---|---|---|
| QCAD | 2D, commercial plus édition communautaire | Ancêtre de LibreCAD ; outils 2D plus matures et support commercial, mais l’édition complète est payante. |
| FreeCAD | 3D paramétrique plus ateliers 2D | 3D et dessin sous le même toit ; plus lourd et avec une courbe d’apprentissage plus raide. |
| Autodesk Fusion 360 | CAO 3D connectée au cloud | Modèle 3D, CAM et simulation ; trop lourd pour le dessin 2D et par abonnement. |
| AutoCAD LT | Standard commercial 2D | Compatibilité DXF/DWG plus large, habitude de la chaîne d’approvisionnement et support ; coût de licence. |
| Inkscape | Graphisme vectoriel | Puissant pour les vecteurs visuels et artistiques ; pas de cotation, de discipline de calques ni de flux DXF technique. |
La phrase de décision : LibreCAD est l’outil de ceux qui veulent dessiner en 2D et livrer un DXF. Ce n’est pas l’outil de ceux qui veulent modéliser en 3D et gérer une production.
Conclusion : où va le trait fin ?
La ligne par défaut de LibreCAD est 0,00 mm. À l’écran, elle est presque invisible. Mais si elle est sur le bon calque, à la bonne échelle et forme un contour fermé, elle devient le chemin de coupe d’un laser.
La valeur du programme est là : une exactitude sans spectaculaire. Il ne fait pas de 3D, pas de CAM, pas de cloud. Il fait une chose — produire une géométrie 2D propre — depuis des années.
Réponse en une phrase : LibreCAD est un outil de préparation 2D solide pour le laser, le CNC et le dessin technique ; pour la conception 3D et la gestion de production, c’est le mauvais calque.
Un pas pour aujourd’hui : dessinez un support, séparez les calques coupe et gravure, exportez en DXF R12 et envoyez le fichier à un service de découpe. Tout le travail du programme apparaît dans ces trois étapes.
Deux questions : quelle version DXF lit votre chaîne de production ? Et qui fait le CAM dans cette chaîne ?

Sources
- LibreCAD, site officiel — histoire, GPLv2, plateformes, communauté et lien DXF PCBWay ; consulté le 7 novembre 2026. librecad.org
- LibreCAD User Manual, introduction — GPLv2 et périmètre du manuel ; consulté le 7 novembre 2026. docs.librecad.org
- LibreCAD User Manual, « Fundamentals » — coordonnées, calques, stylos, épaisseurs, isométrique 2.5D ; consulté le 7 novembre 2026. docs.librecad.org
- LibreCAD User Manual, « Annotating a Drawing » — types de cotes, échelle et règles d’impression ; consulté le 7 novembre 2026. docs.librecad.org
- LibreCAD Wiki, « FAQ » — DXF R12/R14/2000/2004/2007 et import DWG basique ; consulté le 7 novembre 2026. dokuwiki.librecad.org
- GitHub, « LibreCAD v2.2.1.6 » — version du 17 octobre 2026, tailles des paquets et notes ; consulté le 7 novembre 2026. github.com/LibreCAD/LibreCAD
- Wikipédia, « LibreCAD » — consulté le 7 novembre 2026 ; source secondaire pour la version, la licence, les plateformes, l’histoire et l’état de LibreCAD 3. en.wikipedia.org/wiki/LibreCAD
- Jack Wallen, « DIY: LibreCAD offers basic CAD tools for free », TechRepublic — 27 janvier 2012. techrepublic.com (archive)
- Alexandre Prokoudine, « A survey of free CAD systems », LWN.net — 6 février 2023. lwn.net (archive)